Jero : la nouvelle génération d’enka

Matthieu 8 août 2009 0

Révélé dans l’hiver 2008 au Japon grâce à son single Umiyuki, vendu à près de 300 000 exemplaires, Jero renouvelle un style propre au Japon, l’enka, laissé désuet ces dix dernières années avec des artistes traditionnelles et enclavés dans un style et dans un environnement cloisonné. Noir et d’origine américaine, Jero s’éloigne complètement des règles avec son style de rappeur US mais en conservant la dose de tradition que sous-entend la pratique de l’art de l’enka. Retour sur un artiste à part entière.

Le rappeur chanteur d’enka

Il arrive, pantalon large, casquette dans le vent. Devant son micro, la musique démarre. On était loin d’imaginer ça. Non pas qu’on se fiait à son allure. Même si on aurait pu partir avec des préjugés. Loin de son look de rappeur, l’instrument qui démarre est un shamissen, instrument plus que symbolique de la culture asiatique et surtout, symbolique d’un style, assez peu connu en Occident, l’enka.

L’enka est un peu la variété française que l’on connait dans nos contrées mais assez éloigné tout de même. Bien que ce soit les personnes âgées qui écoutent comme le font les nôtres pour la variété, l’enka ne parle pas des mêmes sujets, ne répond pas aux même critères. Être chanteur d’enka, c’est rentrer dans les rangs, avoir la voix qu’il faut. A première vue, Jero n’est pas chanteur d’enka : il n’a pas d’habit traditionnel japonais, est américain et on ne pense pas qu’il va parler de ses lointaines et étrangères vallées qu’il a rêvé dans sa tendre enfance, ou qu’il va nous chanter en gamme pentatonique comme il est d’usage dans l’enka.

Pourtant, nos a priori sont faux. Jero parle effectivement d’un amour perdu dans la chanson Eisa de son deuxième album Yakusoku. La nostalgie et la mélancolie de l’amour baignent ses chansons. Ses habits qui pourrait le déclasser, ne le déclasse pas. Il en joue même dans ses clips, notamment dans le clip de son premier single, Umiyuki.

La critique voit en lui le digne héritier d’un style, qui ses dix dernières années, est tombé en lambeau avec des artistes n’arrivant pas à se renouveler et comme je le disais des barrières à l’entrée de de ce style beaucoup trop contraignantes pour espérer y percer et s’assurer une longue et grande carrière. Mais Jero a réussi à décloisonner ce style tout en conservant la rigueur et la tradition auquel l’enka soumet ses chanteurs. Il a donc réussi à s’imposer comme la nouvelle star de l’enka et susciter la curiosité de jeunes japonais et il le conçoit dans une interview donnée pour CNN, « dans les concerts, je vois aussi des jeunes ».

Ses origines

C’est dans la ville de Pittsburgh, aux Etats-Unis, que nait Jerome Charles White Junior, d’une mère mi-japonaise mi-américaine. Il baigne alors dans un univers culturel très riche et c’est à l’age de 5-6 ans, à l’occasion de la rencontre avec sa grand-mère, Takiko, d’origine japonaise, qu’il fait ces premières gammes sur des aires d’enka. Sa grand mère l’encourage et l’initie à ce style de musique si particulier, sans vraiment qu’il comprenne de quoi il s’agissait : c’était avant tout une musique comme les autres.

C’est quand il arrive au lycée qu’il débute l’apprentissage de la langue japonaise, en faisant, en parallèle divers voyages, concours, sur l’archipel.Il fut même capitaine de l’équipe de danse de son lycée de Pittsburgh. Diplômé en science de l’information et après un échange d’étudiant avec une université de Kansai, il décide d’aller habiter dans cette région. Il commence par travailler dans une école de langue (l’ESL) au Japon où il va enseigner l’anglais. Au même moment, il décide d’être chanteur d’enka.

Il participe alors à un concours, organisé par Sakamoto Fuyumi, qui est une des grandes stars de l’enka au Japon au début des années 2000. Il remporte le concours et un dirigeant du label Victor Entertainment, une major de premier rang sur l’archipel, le remarque. On est en 2005 et Jero doit travailler sa voix pour ne par arriver sur le marché trop tôt et recevoir les foudres des critiques, très exigeants dans le milieu. Il s’installe donc dans la capitale nippone.

Pendant deux années, il va travailler sa voix tout en préparant sa première chanson, Umiyuki. Sorti le 20 Février 2008, c’est un vrai carton avec au total près de 280 000 singles écoulés. Jero se donne corps et âmes dans la reconquête de l’enka sur le marché musical en multipliant les évènements, en retournant aux origines de l’enka, dans les rues du quartier Shibuya, et même dans de petites boutiques de tofu de la capitale. En juin 2008, il sort son premier « album », dans lequel il reprend quelques uns des plus grands titres d’enka tel que Yozora de Itsuka Hiroshi. 50 000 CD se vendront la première semaine le classant cinquième cette semaine là.

Un succès qui le consacre le 31 Décembre 2008 avec sa participation au Kohaku Uta Gassen, promesse faite à sa grand-mère et évènement majeur de fin d’année qui fait le pont entre les deux années et reçoit aussi en 2008 quelques récompenses comme le Japan Record Awards en tant que Révélation de l’année 2008.

En Avril 2009, Jero sort son premier album, avec ses chansons, et pose immédiatement son style : cette petite patte occidentale et surtout américaine et ce petit morceau de pop tout en conservant, encore une fois, les caractéristiques premières de l’enka. Son album de repris, Covers 2, qui sortira le 23 Septembre mais surtout de son single Tsume Ato qui sortira le 19 Aout prochain devraient nous en dire plus sur le futur de la carrière de Jero.

L'ensemble des images de cet article est la propriété exclusive de Victor Entertainment, sous-lable de JVC Music.

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