Nous sommes le 5 Octobre 1980 au Nippon Budokan. L’ensemble de l’audience quitte la salle. C’était le dernier concert d’une des stars qui marquera à jamais la musique japonaise, Momoe Yamaguchi, âgée de 21 ans, qui avait quitté peu avant la scène, disant émouvant adieu à ses fans. Momoe Yamaguchi c’est seulement huit années de carrière, mais 22 albums, 33 singles et 16 millions de disques vendus. Comment et pourquoi a-t-elle marqué l’industrie du disque?
La naissance d’une star
Née dans la ville de Tokyo en 1959, la jeune Momo Yamaguchi (山口百恵) ne vit pas une jeunesse facile. Elle vivra ses quatre premières années avec ses grands parents, d’où elle conservera de très bons souvenirs, nous confiera-t-elle plus tard, avant de repartir avec ses parents dans la ville de Yokohama. Elle déménagera à plusieurs reprises. A l’âge de huit ans, une déchirure vient bouleverser la vie de la jeune fille: son père quitte le domicile, la laissant ainsi avec sa mère et sa petite sœur Toshie.
La famille décide alors de déménager dans la ville côtière de Yokosuka. Et c’est dans cette ville que la star va naitre, s’épanouir et garder le plus de souvenirs. Ce sera son vrai chez soi, son « furusato », et elle chantera d’ailleurs I came from Yokosuka, dans son onzième album Hakusho, preuve de l’attachement de la jeune Momoe à cette ville.
A l’âge de 13 ans, donc en 1972, elle participe au télé crochet, « Star Tanjou », très à la mode à l’époque, et d’où bon nombre de chanteurs et chanteuses étaient issus. En chantant la chanson Kaiten Mokuba, elle ne réussit pas à convaincre le jury et termine en deuxième position. Néanmoins, quelques offres lui parviennent et notamment un contrat avec la CBS/Sony, avec qui elle va signer.
Et son premier disque sort rapidement après la signature. En Mai 1973 sort Toshigoro (としごろ). Malgré la mélodie entrainante et bonne enfant, le single ne connait pas un grand succès et n’atteindra que la 37ème place de l’Oricon. Et c’est avec le deuxième single Aoi Kajitsu (青い果実) qu’elle se fait vraiment connaitre. Il faut dire que la jeune fille, âgée de seulement 14 ans, prend tout le monde à contre pied, avec des paroles plus que subjectives. Et ainsi on peut l’entendre avouer que « vous pouvez faire ce que vous voulez de moi, je suis une mauvaise fille » ou encore qu’ »elle est prête à offrir ce qu’il y a de plus précieux chez une femme ».
Vous pouvez faire ce que vous voulez de moi, je suis une mauvaise fille
Ceci contribue au succès et elle récidive quelques mois plus tard avec le titre Hito Natsu no Keiken (湖の決心), son premier gros succès dans les charts. Mais les choses vont changer puisque la jeune fille s’émancipe peu à peu des contraintes de sa maison de disque, qui lui laisse aussi un peu plus de liberté, au vu des chiffres de ventes qu’elle enregistre. Et c’est avec son 13ème single, Yokosuka Story (白い約束), sorti en Juin 1976, qu’elle connait la gloire, avec un morceau plus long, plus travaillé et dans lequel la chanteuse utilise mieux son organe vocal. 600 000 exemplaires vont être écoulés et cela va devenir l’un des morceaux les plus marquants de sa carrière.
Va s’en suivre des singles magistraux, des grosses réussites dans les charts, mais aussi de grosses réussites musicales, la chanteuse prenant de plus en plus de risque dans ce qu’elle entreprend. La chanson Cosmos (秋桜) sorti en Octobre 1977 est une bijou d’émotion, tandis que Ii Hi Tabidachi (いい日旅立ち) sorti en Novembre 1978 reste l’un des morceaux d’anthologie de la discographie de la chanteuse.
Preuve de sa prise de risque et de son évolution musicale, elle décide de quitter l’archipel et d’aller enregistrer deux de ses albums en Occident, à Londres, pour s’imprégner de la culture rock anglaise, de la culture des Beatles, ainsi qu’à Los Angeles. GOLDEN FLIGHT enregistré en terre anglaise est réussi mais surprend le public japonais, avec des sons beaucoup plus rock et plus novateurs. Imitation Gold (イミテイション・ゴールド) sort complètement de ce qui se faisait à l’époque et marquera un tournant dans sa musique.
L’écriture d’un mythe
C’est avec ces singles que Momoe Yamaguchi entre peu à peu dans l’histoire, participant et incarnant l’évolution même de la musique japonaise. A son arrivée sur le marché, au début des années 1970, les stars se nommaient Hibari Misora, Keiko Fuji ou encore Michiya Mihashi. Ces trois noms incarnent à eux seuls l’industrie du disque de l’époque et le style enka qui dominait la musique japonaise dans les années 70.
Et c’est d’ailleurs sur cette voie que Momoe Yamaguchi se dirige au départ, sans en emprunter les spécificités vocales. Elle en conserve la tradition et les trames musicales, avec de longs couplets et des refrains peu marqués. Mais rapidement elle va abandonner ce style et rompt rapidement avec la coutume de l’époque : ces musiques sont plus longues, sont plus travaillées au niveau de l’instrumentale (à la fin plus d’instrument japonais), des refrains beaucoup plus percutant, parfait pour le passage à la radio et à la télévision, et donc à une musique mainstream.
Le mythe Momoe Yamaguchi s’inscrit donc sur sa réussite à rompre avec les traditions de l’époque et faire évoluer la musique japonaise, la faisant passer d’une période post-guerre à l’ère de la consommation de masse. L’exemple le plus frappant est la chanson Imitation Gold (イミテイション・ゴールド) ou encore Rock ‘n’ Roll Widow (ロックンロール・ウィドウ). Deux musiques sans instrument traditionnel japonais, avec des refrains et la dernière avec des guitares électriques, très rarement utilisées à l’époque. Momoe Yamaguchi a révolutionné l’industrie du disque en lançant un nouveau modèle de star, la pop-idole, qui fera des émules dans les années 1980 avec Seiko Matsuda ou encore Akina Nakamori, et ses héritières formatées des années 1990, j’ai nommé Ayumi Hamasaki et Utada Hikaru.
Momoe Yamaguchi a révolutionné l’industrie du disque
Momoe incarne aussi la figure de la femme fatale, de la beauté fatale. De part ses chansons racoleuses des débuts de sa carrière, qui ont fait fantasmer plus d’un homme à l’époque, elle restera dans les esprits comme une femme dans le corps d’une jeune fille, avec la voix chaude d’une femme mure sortant d’un visage enfantin et innocent.
Elle a aussi entretenu la légende autour de son personnage : en 2002, lors d’une des rares interviews qu’elle accorde, elle indique qu’elle descend de la dynastie chinoise de Yang Guifei, figure mythique et une des Quatres Beautés de la Chine Antique. Alors effectivement elle a des origines chinoises mais rien ne peut confirmer qu’elle ait un lien avec Yang Guifei, qui était une des favorites de l’empereur de Chine de l’époque, Xuanzong.
La fin de sa carrière la fera entrer un peu plus dans la légende. En 1979, la star est à l’apogée de sa gloire, elle déplace les foules, elle est devenue une immense star et ses disques se vendent à chaque fois par milliers. Mais en 1979, elle part en vacances avec l’acteur Miura Tomokazu, avec qui elle avait tourné un film quelques années avant. Pendant ce voyage, il fait sa demande. Elle accepte en disant vouloir se retirer de l’industrie du disque, souhaitant jouer son rôle de mère et de femme.
Elle l’apprend à ses fans lors d’un de ses concerts en 1979 et son dernier concert, celui du 5 Octobre 1980 au Nippon Budokan, restera dans les mémoires et reste aujourd’hui l’un des concerts les plus énigmatiques de la musique japonaise. Elle chantera son ultime chanson, Sayonara no Mukougawa (さよならの向う側), en larme, ses fans partageant sa peine. Et à la fin, comme un symbole, elle dépose le micro sur la scène avant de la quitter une dernière fois. Un grand moment d’émotion, sorti en DVD en 2003.
La vidéo de l’ultime chanson est disponible sur la page Facebook d’Ongaku-Dojo.fr ainsi que plusieurs autres vidéos de la jeune femme dans son œuvre.






















je trouve votre article très honnête et pertinent sur beaucoup de points négatifs liés à cette stars, notamment le racolage sexuel d’une chanteuse de 14 ans qui tombe plus bas que celui des AKB48 ainsi le côté foutage de gueule de son dernier concert. Néanmoins vous ne pouvez vous empêcher comme d’habitude dans la blogosphère généraliste j-pop de dénigrer Hikki et Ayu. Comment pouvez-vous dire qu’elles sont formatées et pas cette idiote de Yamaguchi, ni Seiko Matsuda ou Nakamori ? A la rigueur cette dernière. Mais les deux premières si elles ont il faut leur reconnaître su moderniser la musique japonaise, sont néanmoins beaucoup plus formatées que Hikki et Ayu.
Je tiens tout d’abord à vous féliciter pour cette article bien documenté sur une artiste dont on ne parle quasiment jamais en langue française.
J’aime bien cette chanteuse dont j’ai récemment acquis la compilation de singles, et effectivement les titres sont de plus en plus matures et travaillés à partir du très sympathique Yokosuka Story. Par contre il est vrai que je ne m’attendais pas à des paroles aussi provocantes dans les premiers morceaux de sa carrière, comme quoi preter l’oreille peut parfois surprendre.
Et qu’en est-il de l’emploi du terme « énigmatique » à propos du dernier concert de Yamaguchi Momoe? L’histoire de son mariage couplé à l’arret définitif de sa carrière est certes très révélateur de la mentalité japonaise de l’époque, mais qu’en est-il de ce live qui semble si controversé.