
Bien loin de la pop mainstream de ces derniers singles, LIFE notamment, et de son dernier album, Maiden Voyage, qui était toutefois excellent, l’album de salyuxsalyu, s(o)un(d)beams s’annonce à mille lieues de ce qu’elle a sorti ces trois dernières années. Elle nous offre un album déroutant, rempli d’audace et de démesure. Bref, du Salyu qu’on aime.
(Une) salyu magistrale
Salyu a le souci de l’esthétisme, et on le sait depuis ses débuts. Dès son premier single, VALON-1, la pochette de celui-ci se distinguait des autres artistes pop : un focus sur le visage angélique, ou pour l’album TERMINAL des shoots avec une Salyu décoiffée et perdue dans ses pensées. Et pour s(o)un(d)beams, l’artiste se dédouble, arborant une jolie coupe de cheveux, possédée par l’esprit de Mireille, sur un fond vert turquoise.
Et que dire des clips des deux chansons sorties : Tada no Tomodachi et Sailing Days. Des mises en scène splendides, avec Salyu en robe de nuit blanche, sur fond vert et immobile sur l’un, et sur fond noir, se baladant entre les autres Salyu.
Mais là où elle porte son exigence, c’est bien plus sur la technique et l’originalité de l’album. On est loin de son précédent album et on se rapproche davantage de ce qu’elle faisait à ces débuts. La même quête de la chanson parfaite que dans son premier album landmark, le côté pop en moins, le côté expérimental en plus.
Attardons-nous un peu sur la voix ou les voix de Salyu. Car dans cet album est mis en scène un combat plus ou moins ouvert entre les voix de Salyu. Et le meilleur exemple est la
chanson Tada no Tomodachi, avec des voix hachées, provocantes, impertinentes qui s’entremêlent, une voix qui dirige, les autres qui fusent, à gauche à droite, avec le seul piano comme instrument et les tapements de mains pour faire le rythme. On se laisse aller, bercés par les voix. On se laisse séduire par les voix qui cherchent à prendre le pouvoir.
Et ce combat vocal continue avec la chanson Utaimashou. On se croirait d’un côté dans un océan avec les voix de Salyu qui viennent, qui partent, comme des dauphins, et de l’autre, on se croirait dans une salle remplie de miroirs, avec cette ambiance très oppressante, effrayante, dégagée par cette instrumentale très lourde.
Mais cet album devait transformer la voix en un instrument à part entière. Et c’est le cas avec la plupart des chansons où Salyu ne chante pas mais lâche des mots, comme un violon pourrait lâcher des notes. Et le plus bel exemple est la balade expérimentale s(o)un(d)beams. Un morceau remarquable dans sa construction. On se laisse envouter par sa voix et ce rythme fascinant. Salyu est une petite flute et un instant plus tard un violon.
La même quête de la chanson parfaite que dans son premier album landmark, le côté pop en moins, le côté expérimental en plus.
L’autre piste remarquable dans laquelle Salyu devient un instrument, c’est bien sûr la chanson Sailing Days. LA piste de l’album. Un morceau pénétrant, très proche de ce que faisait Salyu dans son premier album, avec une voix très mélodieuse. On aime ces parties retenues de force, et qui s’échappent, avec une voix puissante. Le final est grandiose, sa voix se mêlant complètement aux instruments. Du grand art.
Dans d’autres chansons, Salyu sort une voix beaucoup plus académique : une voix grave dans la chanson soul-jazzy de l’album, Muse’ic, Salyu appréciant beaucoup les sons jazzy et dans Kokoro une voix aiguë et perçante.
Le doigté d’un monstre
Mais l’album ne serait rien sans le travail magnifique et énorme d’un monstre de la pop-rock expérimentale au Japon. Il est connu sous le nom de Cornelius et cet individu est connu pour son travail avec des artistes comme hide en solo il y a une quinzaine d’années, avec divers groupes de rock expérimental et aussi avec Salyu avec qui il avait déjà travaillé dans le passé.
Ce travailleur de l’ombre est connu sur la scène du Shibuya-Kei et sur la scène rock expérimentale et aime les sonorités pop, rock et aime y ajouter des sons électro. Et la chanson s(o)un(d)beams de l’album parle d’elle même avec ce rythme électro tambourinant.
Salyu et Cornelius s’aventurent sur un terrain risqué commercialement mais si formidable musicalement
Cornelius s’est donc occupé de l’ensemble des chansons, autant à l’écriture qu’à l’arrangement. Et on doit avouer qu’on reste assez scotché devant le travail sur certaines pistes. La chanson Rain Boots De Odorimashou est un excellent morceau : une instrumentale riche, une audace dans la rythmique.
Dans la chanson s(o)un(d)beams, il utilise la voix de Salyu pour un morceau expérimental de grande facture avec des sons beaucoup plus électro que dans les précédentes chansons. Il alterne morceaux pop (peu classique) avec des morceaux étranges et perturbants.
Et dans Miror neurotic on reconnait sa patte avec cette ligne de basse sensationnelle, quasiment seul instrument de la chanson. Ça groove, ça swing. On imagine très bien ce morceau en live avec un simple contrebasse et Salyu sur son tabouret. La voix et l’instrumental se calibrent parfaitement. La piste est excellemment orchestrée.
Même dans les clips, on reconnait la main de Cornelius. Notamment dans Sailing Days dans lequel on suit un fil conducteur. Il s’agit des Salyu se donnant la main, faisant des vagues, et
avec une autre Salyu qui marche devant elles. Dans le clip de Tone Twilight Zone de Cornelius, on suit une main qui se balade à travers ce qu’on imagine être une chambre ou un bureau. La patte de Cornelius ne s’arrête donc pas seulement à la partie musicale mais il aime cultiver un univers, créer un monde. Un projet qui a du l’emballer immédiatement quand Salyu lui a proposé.
On est loin de la pop stéréotypée, à mille lieux du rock banane, Salyu et Cornelius s’aventurent sur un terrain risqué commercialement mais si formidable musicalement.
Grâce à une Salyu de toute beauté, une voix magistrale, et le touché d’un maitre de l’expérimental, d’un maitre de la musique, on savoure un album génial, on se laisse charmer par le mélange des voix, les voix qui s’entrechoquent, et on est conquis par la finesse et la richesse de la musique. Bref, Salyu, ou devrais-je dire, salyuxsalyu nous a bluffés et nous offre certainement l’album de l’année.
Infos sur cet album
SalyuXSalyu – s(o)un(d)beams
- Tada no Tomodachi

- muse’ic
- Sailing Days
- Kokoro
- Utai Mashou
- Dorei
- Rainboots de Odori Mashou
- s(o)un(d)beams
- Mirror Neurotic
- Hostile To Me
- Tsuduki wo
Pour acheter le disque : salyuxsalyu - s(o)un(d)beams



























